Juin
11
20

Pour la chasse peu importe les espèces en déclin, à protéger ou protégées… C’est la vie qui doit tomber


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Aujourd’hui c’est à nouveau un ours qui est tué : Rien ne change, d’ailleurs y a-t-il une volonté politique pour que ça change ? Ah oui l’État va porter plainte… (un jour), pensons nous sérieusement que les tueurs vont avoir peur…. ? Qu’une (vraie) enquête sera diligentée avec cette hypocrisie assumée…

« Un ours a été découvert mort dans les Pyrénées, en Ariège, ce mardi 9 juin 2020. Son corps comportait des traces de balles. L’État et les associations de défense de l’animal ont annoncé qu’ils allaient porter plainte. »

 » En permettant les tirs d’effarouchement, l’Etat a fait le jeu de l’opposition. Quand on est autorisé à porter un fusil sur les estives, on ne sait pas toujours de quoi il est chargé. On avait prévenu que ça pouvait arriver » dit Sabine Matraire, vice présidente de FERUS.

 

Hier c’était un lynx. Comme le loup, comme l’ours, comme le renard, tuer un animal prédateur donne sans doute au chasseur/braconnier une jouissance particulière.

S’agissant du lynx les chasseurs parlent ouvertement de régulation, voici ce qu’ils disent dans « Le livre blanc des prédateurs », une sorte d’incitation au braconnage :

« La position des chasseurs français sur le lynx d’eurasie septembre 2008

Les chasseurs français ne sont pas opposés à la présence du Lynx et le reconnaissent comme un élément parmi d’autres de la biodiversité sur notre Territoire, là où il s’est naturellement et durablement implanté.

C’est le cas en particulier dans le massif du Jura, où la colonisation s’est réalisée à partir des animaux venus de Suisse et qui se sont installés et reproduits.

Cela n’induit pas que cet animal, pour lequel un risque de disparition est aujourd’hui exclu, doive continuer de faire l’objet d’une protection totale qui confine à la sacralisation. Le lynx a été un révélateur de l’excellente gestion des ongulés par les chasseurs puisqu’il a ainsi bénéficié de ressources alimentaires qui ont favorisé son développement.

Mais il occasionne également des dégâts sur les troupeaux de moutons, et fragilise le devenir des populations de chevreuils et de chamois, voire les met en péril localement. Comme pour les autres grands carnivores, il doit donc lui aussi se soumettre aux principes du développement durable, qui prescrivent l’équilibre entre les dimensions environnementales, socio-culturelles et économiques.

La position des chasseurs français exprimée ici est principalement d’ordre cynégétique et concerne surtout la co-existence équilibrée entre le Lynx et la chasse, cette coexistence débordant sur des aspects liés au développement des territoires ruraux et à la place dévolue à l’homme et à l’animal en moyenne montagne. » http://chasseurdefrance.com/wp-content/uploads/2014/12/LIVRE_BLANC_PREDATEUR.pdf

Ce n’est pas l’avis du Centre Athénas, Centre de soins pour animaux sauvages « spécialisé » dans l’accueil du lynx :

« Comme toutes les décisions susceptibles de provoquer des réactions, celle-ci est passée très discrètement, le 12 juillet dernier : Le Préfet du Jura a validé par arrêté le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique pour le Jura. Le problème avec ce document, c’est qu’il parle ouvertement de programmer la régulation de grands prédateurs, et l’évolution du statut de protection du lynx. Monsieur le Préfet, avez-vous oublié que ce genre de décision ne relève pas de votre compétence ? Le lynx est en effet une des espèces non « décentralisées », de compétence ministérielle. Il est également protégé par un arsenal législatif et réglementaire européen, en particulier la Convention de Berne, auquel la France doit se conformer.

D ans leur souci de plaire au lobby de la chasse pour faire écho aux amitiés présidentielles, les services de l’Etat oublient-ils que le lynx est une espèce strictement protégée, de surcroît menacée, comme cela a été rappelé lors de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) réalisé par l’IUCN (International Union for Conservation of Nature) et le Muséum National d’Histoire Naturelle ?

Nous avons donc introduit un recours gracieux auprès du Préfet du Jura pour lui demander de retirer cet arrêté. Nous espérons qu’il prendra la bonne décision dans le sens de l’intérêt général et pour la conservation du lynx et de son statut d’espèce protégée. S’il ne le fait pas (il est vrai que ce printemps il a qualifié les associations environnementales de fléaux à combattre), nous nous réservons la possibilité de poursuivre notre action devant la juridiction administrative pour obtenir l’annulation de cet arrêté.

Contexte :
Pour mémoire, la Fédération des Chasseurs du Jura a initié un projet nommé Programme Prédateur Proie (PPP), dont le fondement consiste à capturer 10% de la population de lynx tous les ans pendant 10 ans pour l’équiper de collier GPS (et renouveler les colliers) afin de comparer le prélèvement des chasseurs à celui du lynx, et en engrangeant au passage des subventions. Ce projet, à fins purement cynégétiques, et dont toute action de conservation est absente, jugé dangereux pour l’espèce et non concerté, a reçu à deux reprises le veto du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN). Pourtant, il reçoit depuis plus de deux ans le soutien éhonté de l’ensemble des services de l’Etat, qui, passant outre l’avis des scientifiques et des connaisseurs de l’espèce, cherchent à l’imposer dans le PNA lynx (Plan National d’Action commandé par Nicolas Hulot juste avant sa démission). Une haute fonctionnaire du Ministère de l’Ecologie a même clairement annoncé la couleur en réunion devant 40 acteurs associatifs : « si vous voulez proposer des actions au PNA, il faudra transiger et accepter le PPP ».
Très prochainement, début octobre, la DREAL Bourgogne Franche-Comté organise une réunion pour peindre le PPP en vert à fleurs roses. En clair, des agents de l’administration en charge de l’Ecologie se donnent un mal de chien et déploient un zèle incroyable pour défendre le projet des chasseurs, honni par la totalité des autres acteurs, en utilisant la carotte (aides financières) ou le bâton (pas d’aides financières). Exemple, la Fédération des chasseurs du Jura s’est vu attribuer une subvention de 30 000 € pour ce projet non autorisé (captures de lynx). A notre question sur la redistribution de cette somme (en théorie ) non utilisée, il nous a été répondu que ce n’était plus disponible pour le lynx. Peut-être ne sommes nous pas assez lisses ?
Ainsi, toutes les opérations de sauvetage, capture d’orphelins, interventions pour prise en charge d’adultes accidentés, soins vétérinaires, rel
âchers, achat et pose de colliers GPS, suivis de terrain, sensibilisation et information de la population (autre obligation relavant de la convention de Berne) mises en place au niveau national et assurées par notre structure seule, ne reçoivent de l’Etat que 7 500 € par an, soit moins de 10 % des dépenses encourues par notre association pour le lynx.

A l’heure où l’on parle de disparition massive des espèces, d’urgence climatique, de nécessaire réorientation des priorités, on continue les petits arrangements entre personnes de bonne compagnie, pour satisfaire des besoins catégoriels très éloignés de l’intérêt général.

Une fois encore, nous mettons les pieds dans le plat, mais sommes hélas bien seuls. Nombreux sont ceux qui préfèrent se taire pour bénéficier des miettes du festin cynégétique. Ne rien faire, c’est laisser faire : https://www.athenas.fr/regulation-du-lynx-le-centre-athenas-dit-non-au-prefet/ : « Il s’agit d’un délit qui porte une atteinte grave à la biodiversité », s’est émue la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui précise que le lynx boréal est une « espèce considérée comme menacée en France où il est strictement protégé ». Ces félins sont particulièrement mal vus par les chasseurs, car ils prélèvent bon nombre de proies.

Début février, le Centre Athénas, basé dans le Jura et spécialisé dans la sauvegarde du lynx, avait déjà déposé trois plaintes pour des faits de « braconnage » à Fontenu (Jura), Les Planches en Montagne (Jura) et Fellering (Haut-Rhin, dans le massif des Vosges). Il dénonce par ailleurs « l’évidence du braconnage » des lynx, attesté par « la découverte de cadavres » et « l’apparition récurrente de jeunes lynx orphelins ».Il a été découvert mort dans un ravin à Ivrey, dans le Jura, le 17 mars,victime d’une gerbe de plombs. Un lynx boréal, seul grand félin sauvage présent en Europe et espèce menacée en France, été retrouvé tué par arme à feu, où une enquête pour braconnage a été ouverte. Selon le procureur de la République de Lons-le-Saunier, Lionel Pascal, « la thèse privilégiée est celle d’un acte volontaire ». Le magistrat a ouvert une enquête pour « destruction d’une espèce protégée ». Ces faits sont passibles de peines lourdes, allant de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende, jusqu’à sept ans de prison en cas de circonstances aggravantes comme celle de « bande organisée », a ajouté le procureur. »

Il est à noter l’incohérence des services de l’État, entre le Préfet qui prend des décisions contraires à sa mission de protection et la DREAL qui rappelle la réglementation et à ce jour à notre connaissance, aucune plainte devant être suivie d’une enquête n’a aboutie.

Concernant les espèces en déclin, à protéger, ou protégées, « pour la Fédération nationale des chasseurs (FNC), qui se dit engagée dans le processus de gestion adaptative depuis le début, l’interdiction générale de la chasse pour ces espèces ne garantirait pas une meilleure conservation. D’après son directeur général, Nicolas Rivet, c’est même la FNC qui a demandé une gestion adaptative pour les tourterelles des bois : «Il faut prendre en compte l’intégralité de la voie de migration. Souvent, les mauvais résultats de conservation ne viennent pas de la chasse mais de la disparition des habitats et de l’agriculture intensive.»

Conclusion logique : les espèces sont en voies de disparition mais comme ce n’est pas à cause de la chasse, continuons à les détruire…